Marilyn, notre Ange

« Notre histoire commence au siècle dernier, c’était au printemps 1997 lorsque j’ai rencontré Virginie. La moral m’interdit de dire dans quelle circonstance mais Je dirai  simplement « Merci Belle Maman » On s’est plu presque tout de suite mais nous avons attendu fin juillet pour concrétiser notre amour. Personnellement, j’y croyais pas trop, c’était tellement irréel après tant d’échec et tant d’année de célibat. Quelques jours après, alors que nous nous promenions sur le port de Monaco, je lui ai fait ma déclaration et l’ai demandé en mariage. A mon grand étonnement,  elle a tout de suite dit OUI. Et rentré à la maison, on a fait l’amour comme des fous : résultat, Bébé s’est logé dans son ventre encore tout neuf. Beaucoup de gens dans notre entourage était contre notre union mais on est passé outre et nous avons  organisé tout tout seul, comme des grands.  Le 31 janvier 1998, enceinte de 4 mois, notre union a été célébrée en mairie devant quelques proches et  amis. Notre garçon, Alexandre est né le 30 mai suivant. Nous étions le couple le plus heureux du monde. Deux  ans et demi après, le 09 septembre 2000, Maximilien, notre 2ème garçon  pointait le bout de son nez. Ca y est, notre famille était belle et bien fondée me suis-je dis, maintenant il faut penser à changer de logement. Fin de l’été 2002, c’est chose faite, par une chance inouïe (ça sert quelque fois les relations !),  nous trouvons un 4 pièces duplex de 110 m2 en plein centre ville : Loyer, gaz,  électricité, tel, eau,  gratuit !!! Seule condition, garder les locaux vides de 1,4 ha jouxtant notre logement. C’était un logement de fonction par nécessité de service. Cette espace qui sera classé plus tard monument industriel venait d’être acquis par la commune et vu qu’il avait déjà été squatté, il fallait quelqu’un à demeure. Nous avons été choisis.  On déménage en 1 semaine, on s’installe, il y avait tout à refaire mais étant bricoleur, tout va bien. Je m’en sors bien. Bon ben maintenant, si Virginie trouvait un boulot, ca mettrait du beure dans les épinards : Seul problème c’est qu’entre temps, heureux de notre nouvelle situation (nous étions auparavant dans un 2 pièces) BB n° 3 avait pris discrètement place dans le ventre de maman. Ce n’était pas vraiment prévu mais bon, pour le boulot, c’est un peu raté car chercher du boulot avec un gros bide, ca le fait pas. Ca n’a pas empêché Virginie de faire ses preuves, de montrer ses capacités, son dévouement, son utilité. Elle est hôtesse d’accueil de formation Lorsque différents services de la ville, de la région, des affaires culturelles venaient visiter ces nouveaux locaux… La grossesse se passe bien et Matthieux est né le 24 mai 2003.

Marilyn :

Bon ben cette fois ci, c’est bon … oui mais ca c’est ce que je croyais car dans la tête de Virginie, 3 garçons c’est bien mais je me sens un peu seule au milieu de tous ces Zizis !!! Savez vous que lorsqu’une Virginie a quelque chose en tête, elle l’a pas au derrière, ou plutôt si elle là justement ! Savez vous le harcèlement que j’ai du subir pendant des années avant que je ne cède, épuisé : du genre, aller, un petit dernier, après je t’embête plus avec ça … et câlins, bisous, cadeau … quelle souffrance Je lui disais : tu sais on est bien à 5, les enfants sont grands maintenant, autonomes, on peut sortir et les amener partout, Tu te revois dans les couches, la tété, …   J’ai tenu 8 ans et, en décembre 2011,  boum, patratrac, le test est positif. Bon ben on assume mais ce sera vraiment le dernier car 4 enfants, ça ne sera pas toujours facile ! Heureusement, lorsqu’on a changé de voiture en juin 2011, on a pris une Voiture 7 places.  Ce jour là, je crois qu’on a eu le nez.  Lol ! Au fond de moi-même je pensais que ça serait bien une petite meuf, ça nous changerait des Zizis et puis ça mettrait un peu de féminité au milieu des garçons. La grossesse commence bien, comme toute les précédentes. Faut savoir que systématiquement, avant chaque grossesse, Virginie a fait une fausse couche au bout de 3 à 4 semaines. Le gygy pensait comme nous, son corps n’accepte pas les filles, elle ne peut faire que des garçons. Nous étions un peu résignés ! Moi je savais que je pouvais en faire vu que j’ai une fille d’une première union,  fille que je ne vois pratiquement plus depuis mon divorce, je n’étais que le papa du dimanche alors, si c’est une fille, je serai le plus heureux du monde, celle là, on ne me la prendra pas, elle sera à moi ! Na ! On l’appellera Marilyn. Mars 2012, écho des 5 mois et surprise, C’est une fille ! Imaginait la joie dans notre couple, imaginez la joie à la maison, tout le monde a sauté au plafond ! J’en ai pleuré : enfin une pisseuse !!! De plus le hasard voudrait que notre petite Marilyn naisse le jour anniversaire des 50 ans de la disparition de la célèbre Marilyn Monroe ! Quel hommage, quelle fierté ! Nous préparons son lit, son armoire, quelque petites affaires … C’est la joie à la maison ! Enfin une fille !!!!

Mais c’est à partir de là que j’ai senti que la grossesse était différente des autres ; Le diabète gestationnel, elle n’en avait jamais eu auparavant,  libido absente ce qui était tout  le contraire lorsque nous attendions ses frères et plein de petites choses qui me disaient que je ne la ressentais pas bien cette grossesse. Ensuite complication avec la formation de notchs, la croissance n’était pas comme les autres, elle avait du mal à prendre du poids, je me disais que c’était parce que c’était une fille mais là, ça faisait quand même beaucoup. A part ces petites inquiétudes, on a quand même eu nos joies, on a filmé les péripéties de Marilyn dans le ventre, vous savez, le coup de la télécommande sur le vente, on a pu enregistrer le bruit de son cœur.

Juin, Juillet 2012, repos maximum. Vu les problèmes de notchs, une sage femme  passe tous les deux jours à la maison pour surveiller son cœur. C’est agréable d’entendre son petit cœur battre la chamade ! Dernière écho, dernière visite, celle du 9eme mois, nous sommes le mardi 24 juillet, il est 16h30. On voit le Gygy, un 2eme notchs s’est formé va falloir provoquer l’accouchement ! Nous demandons donc que ça se fasse le plus vite possible car en cas de rupture ca deviendrait critique. Réponse négative, il faut que bébé grossisse encore un peu, ce serait mieux pour elle, ce sera d’ici une semaine d’après le Gygy (On est a 37 SA)

 
Le cauchemar :

Rentré à la maison, (le cabinet du Gygy est à 150 m à pied), rien ne va plus, grosses contractions mais inhabituelles, différentes par rapport à celles pour les garçons. Nous pensons que par ses « tripotages » le Gygy a provoqué l’accouchement sans le vouloir, Marilyn a envi de sortir. Pas d’affolement, je commence à être roder. On descend le sac de BB et celui de la futur maman dans la voiture, on appelle la belle sœur pour venir garder les garçons, (Elle habite à 300 m), on commande des pizzas et du soda pour que tout se passe bien pendant notre absence, je bois un dernier café,  il est 19h00, Bisous à tout le monde, on part pour la maternité. En sortant du garage, nous croisons une voisine ! Nous voyant partir elle nous lance : « alors ? » je lui réponds : «  Ben je crois que ça y est, c’est pour ce soir ! »  Elle sourit, tout le monde est content !  Virginie n’a pas perdu les eaux ! Par chance, pas de circulation, on y est très vite, sans forcer. Arrivé à la clinique, tout de suite direction salle de travail au sous sol (on connait le chemin, nos trois petits gars sont nés ici même) Virginie se met sur la table, je pose les sacs dans un coin de la pièce, après les quelques questions habituelles, consultation rapide : le col est ouvert à 4, une sage femme pose le monitoring … Silence, on entend rien, Bon son truc ne marche pas, je lis l’angoisse s’emparer de Virginie, moi, je ne le montre pas mais j’ai un mauvais pressentiment et j’ai peur, très peur, j’ai une boule sur l’estomac ; La sage femme quitte la pièce et en revient avec un autre appareil : idem. Elle repart pour revenir 3 longues minutes après pour nous dire : « Bon, on va passer une écho ; Monsieur ne bouger pas ! »

Là je me dis, y’a vraiment quelque chose de grave, je tourne en rond, je suis seul, j’angoisse, je pense au pire … ! 10 minutes plus tard on vient me chercher et on m’amène dans la salle d’échographie, les visages sont graves, fermés,  j’y vois le Gygy qui avait été appelé en urgence, Virginie, allongée sur la table est en pleur, 6 à 7 personnes l’entourent, la réconfortent, lui tiennent la main et elle me crie « Elle est morte, Marilyn est morte ! » je saute dans ses bras et nous pleurons ensemble. 9 mois d’attente, 9 mois de bonheur détruits en si peu de temps ! Tout de suite je pense aux garçons qui m’attendent, que vais-je leur dire, comment leur annoncer ça ? Et le lit de la petite, paré de rose, couleur inhabituelle à la maison, il avait été monté dans notre chambre ! L’anesthésiste s’adresse à moi et me dit qu’il faut « la sortir par césarienne, il y a urgence car il y a une importante hémorragie retro-placentaire » J’embrasse Virginie et je suis obligé de sortir. Que se passe-t-il dans ma tête, tout est en vrac, je ne sais à qui parler, il n’ y a personne que ce soi dans les couloirs ou dans la salle d’attente Je sais qu’elle est là, qu’elle a besoin de moi mais je ne peux rentrer alors je sors prendre l’air, je bois un café puis deux, je fume un cigarillos et puis j’en peux plus, je téléphone à ma belle sœur qui garde les garçons mais je lui dis de ne rien dire pour le moment, puis je tel a une collègue de travail qui, je sais, fera passer le message car je ne serai pas capable d’y aller le lendemain et j’attends, j’attends, j’attends de revoir Virginie et Marilyn car, même si elle est morte, je veux la voir. Une heure d’attente au moins, n’en pouvant plus, je retourne en salle d’accouchement et là bas, au fond de la salle, à travers les vitres, j’aperçois la sage femme des premières minutes tenir un Bébé dans ses bras ; Je ne l’ai encore jamais vu mais je sais que c’est Marilyn, que c’est ma fille. Elle ne vient pas vers moi et disparait dans les couloirs ! Apres encore de longues et interminables minutes d’attente, je suis enfin autorisé à voir Virginie, elle est là, les yeux rouges mais esquive un sourire, elle est pâle et de nombreuses infirmières sont là aussi. L’anesthésiste est toujours là aussi. Nous réclamons notre fille mais on est encore obligé d’attendre, 1 heure presque deux . On ne se dit rien, que dire dans des moments pareils, on repense à ces merveilleux moments passés pendant la grossesse, on pense encore à hier soir lorsque j’avais pris le caméscope pour filmer les péripéties de Marilyn  dans le ventre de Virginie, la télécommande qui faisait des sursauts, on pense qu’on aura pas notre petite fille, tout est en train de s’écrouler .. ; Enfin on nous amène Marilyn parée des habits qui étaient prévus pour la naissance. Virginie la prend dans ses bras, la blottit sachant que ce sera le seul câlin qu’elle pourra lui faire, Je la prend dans les bras aussi, je l’embrasse, elle a la peau toute douce, chaude, les sourcils blonds roux, les cheveux identiques, c’est un beau Bébé de 2,240 kg, mais je ne vois pas ses yeux car jamais elle les ouvrira, je n’aurai pas vu la couleur de ses yeux,. C’est un moment de bonheur et de tristesse mélangé, c’est incompréhensible ! On fait quelques photos, les seules que l’on aura d’elle, et puis soudain, l’anesthésiste se précipite sur Virginie, prend Marilyn, la dépose dans mes bras et me demande de m’écarter mais de rester là : Virginie est en train de partir, elle fait une CIVD. Je l’ai su plus tard mais pour la petite histoire, le médecin était là en train de nous observer avec notre fille et il s’est aperçu que la peau de Virginie était en train de changer de couleur, de se marbrer moi je n’avais rien remarqué, mais lui, professionnel a tout de suite réagit et a pu la sauver sinon, elle serait parti avec notre fille. Suite à l’hémorragie, son corps à réagi et son sang était en train de se coaguler. Merci toubib d’être resté avec nous !

Une fois stabilisée, nous sommes resté encore de longues minutes ensemble avec Marilyn, toujours entourés des infirmières et sage femme. Et puis il a fallu se rendre à l’évidence, il fallait leur rendre, on ne pouvait la garder. Question qui tue, on nous a demandé ce qu’on voulait en faire mais pour nous c’était évident, on la récupérera et on s’occupera des obsèques. Vers 03h00 du matin, après un dernier baiser, je quitte la maternité. J’appréhendai ce moment là mais il fallait. Je téléphone à ma belle sœur pour lui dire simplement que je rentrais Le chemin fut long vers la maison,  je roulais au ralenti, qu’est ce que je vais pouvoir dire mais surtout comment. J’avais les yeux rouges, j’avais aussi récupéré le sac de naissance de Marilyn. Je rentre ;  Tous les garçons sont en bas, debout, assis dans le canapé ou sur une chaise autour de la table, il y a un jeu de carte qui traine, une bouteille de soda vide et des restes de pizza. Ils me regardent interrogateurs, ils me voient avec les yeux rouges, les plus petits ne comprennent pas mais le plus grand à l’air de deviner. Là je leur dis simplement, avec des sanglots dans la voix : Il y a eu un problème, Maman va bien mais Marilyn n’a pas survécu. Je leur dis que son petit cœur s’était arrêté de battre juste avant de sortir du ventre de leur Maman mais les médecins n’ont pas pu la sauver. Mon plus petit, Matthieux qui avait alors 9 ans s’est effondré en larme, il l’attendait de pied ferme sa petite sœur, peut-être plus que ses frères.  Nous sommes tous restés là sans trop rien dire puis on s’est couché. Le cœur n’y était pas. J’avoue que je n’ai pas beaucoup dormi.

Le matin, c’est la sage femme qui me réveille en sonnant à la porte ; En effet, elle avait rendez vous pour le monitoring de Virginie. Quand je lui dis que ce n’est plus la peine, elle s’éclipse rapidement prétextant un autre rendez vous. A mon avis, elle n’a pas voulu en parler. 09h00, coup de fil à Virginie pour voir si tout allait bien. Là j’apprends qu’elle restera plusieurs jours en réanimation car sa survit a été miraculeuse, si l’anesthésiste n’avait pas été là, elle serait parti en 10 mn. Je me rends donc à la maternité, seul, car les enfants ne sont pas admis. J’ai confiance en eux, ils sont grands, je peux les laisser s’autogérer ! Je n’ai droit qu’à 1h00 de visite par jour. Nous nous mettons d’accord pour les obsèques, faut quand même y passer : Si nous avons l’accord de sa grand-mère, elle sera enterrée dans le tombeau familial, prés de son arrière grand père à Guillaumes,  un petit village du haut pays niçois, là ou Virginie a passé une partie de sa jeunesse. Pendant trois jours, ce fut la course chez les pompes funèbres et en mairie pour les papiers et diverses autorisations (Marilyn est mort-née donc elle n’a que le prénom mais pas de nom de famille) il faut aussi prévenir la famille, les amis proches, les connaissances et bien sur, à chaque fois, raconter la même histoire. Pas toujours facile !  Après plusieurs appels et visite à la médecine professionnel, ils se mettent d’accord pour m’accorder l’absence la plus large possible. Il faut dire que Virginie est très connue dans son milieu professionnel et est très appréciée. Elle aura besoin d’être très surveillée dès sa sortie car une embolie peut encore arriver. Dans toutes les démarches, j’ai amené Matthieux avec moi, je ne voulais pas le laisser seul avec ses frères. Je vais la voir tous les jours mais au bout d’une heure, c’est a chaque fois le cœur gros que je dois partir. Au bout de 4 jours, Virginie est enfin remonté dans une  chambre. Elle a voulu resté en maternité mais en chambre seule. Les garçons vont enfin pouvoir revoir leur mère. Par contre, impossible de voir leur petite sœur. C’est donc seul que je demande à revoir ma fille. La chef infirmière m’accompagne en chambre froide : Elle me fait attendre dans une pièce avec juste une petite table, une chaise, aucune fenêtre pour faire rentrer la lumière et un grand rideau blanc qui semble partager la pièce en deux.  Elle réapparait de derrière le rideau avec notre Bébé dans les bras, elle est emmitouflée dans une grande serviette de toilette blanche ;  Ce n’est déjà plus la même, elle est froide, dur, elle a du givre sur elle mais elle a toujours les doudous qu’on lui avait donné à la naissance ! Pauvre Marilyn ! Je l’embrasse, la prend dans mes bras, je pleure. Au bout de quelques minutes, l’infirmière réapparait. Elle aussi n’est pas restait insensible à la vue de ce petit corps, je le remarque sur ses yeux. Apres quoi, je remonte rejoindre Virginie, je suis triste mais content de l’avoir revu.

 30 juillet, Virginie est enfin de sortie mais contrairement aux autres couples, sans porter de couffin. Ce fut encore une épreuve. Il a fallu traverser le long couloir où on pouvait croiser des papas, leur bébé dans les bras, on entendait aussi les pleurs des nouveaux nés s’échapper des chambres. Ils nous regardaient, bizarrement d’un air de dire mais qu’est ce qu’ils font là ceux là et leur Bébé ? On dit au revoir à toute l’équipe médicale, on s’embrasse, nous avons maintenant besoin de rester seul, en famille.

31 juillet 2012, 09h00 : retour à la maternité mais pour la levée du corps, nous allons directement au sous sol. Ses frères tout de blanc vêtus ont tenu à être présent, une psychologue les accompagne, nous sommes en comité très restreint car la vue d’un aussi petit cercueil et d’un si petit corps insupporte. Il n’y a que le parrain de Virginie accompagné de son épouse   Dans le petit cercueil blanc d’à peine 70 cm, Marilyn est là, en drapée mais sans aucun maquillage. Le service funéraire aurait pu faire un effort de présentation !!! ! Elle est presque méconnaissable, encore gelée, avec du givre sur le visage. J’ai honte de la présenter comme ça à ses frères mais ils assument quand même car ils tiennent absolument à la voir. Matthieux reste là, penché de très longues minutes sur sa sœur, on dirait qu’il lui parle…Et puis il a fallu fermer le cercueil, les garçons y déposent chacun une rose blanche, Matthieux, lui, lui donne son  propre doudou. Nous lui disons un dernier adieu, le couvercle se ferme, les scellés sont posés, c’est la dernière fois que nous la voyons.  Nous suivons le véhicule funéraire, et en fin de matinée, nous sommes au crématorium Nous y retrouvons quelques amis, voisins, carnavaliers aussi, collègues de travail de Virginie et quelques membres de ma belle famille Ma belle mère n’est pas là. Aucune compassion pour sa fille Virginie ni pour sa petite fille ! Personne non plus de ma propre famille mais je les pardonne, ils habitent à 750 km et nous ont fait  parvenir une très belle gerbe de roses blanches ! La cérémonie dure à peine ½ heure. Nous récupérons les cendres en milieu d’après midi pour les ramener chez nous.  Ce sera la seule fois où Marilyn sera à la maison car le lendemain, nous montons directement à Guillaumes pour la mise en bière. Le voyage de 100 km se fait sans dire un mot, même la radio est muette. Il fait très beau en ce 1er aout 2012. Au cimetière, nous  retrouvons d’autres membres de ma belle famille dont l’arrière grand-mère  de Marilyn, des amis d’enfance de Virginie et même un représentant de la mairie.  Il est 15h00, après la bénédiction par le curé du village, la petite urne blanche, surmontée d’un petit ange, est déposée dans le caveau familial. Nous restons un long moment, je lis un poème écrit pour l’occasion par une amie artiste corse. Il y a des fleurs blanches déposées auprès du caveau, une plaque au nom de Marilyn et deux petits anges. C’est très simple. Nous ne pouvons rester au village, Virginie est encore en soin et risque encore l’embolie donc il faut retourner chez nous.

Le deuil :

De retour à Nice, il a fallu commencer à faire notre deuil et se dire, Marilyn, tu n’es pas là mais tu resteras dans nos cœurs, dans nos pensés. Maintenant que tu es là haut, veille sur tes frères, veille sur tes parents. Le début de la reconstruction a commencé. Virginie, encore fragile, ne sortait jamais seule que ce soi pour faire des courses, pour la pharmacie …Nous avons fait quand même pas mal de sortie, visité ou revu pas mal de choses mais jamais trop loin. Elle est encore sous surveillance médicale avec prise de sang tous les deux jours. Il fallait continuer à vivre. Virginie allait de mieux en mieux ; Apres 45 jours d’absence, je reprends le travail puis c’est la rentrée scolaire, il fallait affronter les questions des autres mamans à la sortie des classes ! « Et alors ton bébé ? » N’en pouvant plus, Virginie reprend le travail par anticipation. Je pense que ça lui fut bénéfique car ça lui a permis de penser à autre chose Elle a pu  remettre un peu d’ordre car, après presque 6 mois d’absence,  il y avait un peu de laissé aller dans son service.

Une question cependant la trottine dans sa tête : vais-je pouvoir refaire un enfant après ce qui est arrivé. Elle passait son temps sur l’ordinateur à consulter les forums, les groupes de parole, les sites médicaux … Le plus simple c’est de voir avec le Gygy. Donc visite auprès de celui qui l’avait accouché de Marilyn : réponse clair et sans détour ; c’est négatif, ce serait trop dangereux. Faut reprendre la pilule et penser à autre chose d’après lui. Virginie effondrée.  Moi je pensais que le mieux serait que je me fasse faire une vasectomie, comme ça plus de problème de contraception. J’ai déjà 4 enfants en bonne santé … C’était sans compter sur sa détermination: on ne va en rester là, ce fut un accident mais on continue. Il ne faut pas perdre espoir. Je lui propose donc de changer de Gygy, de voir un spécialiste. Savez-vous ce qu’est une lionne en cage à qui on présente un bon morceau de viande derrière les barreaux ? Virginie c’était ça ! Elle avait déjà tout prévu et le RDV était déjà pris ! Quelques jours plus tard, donc, RDV chez le chef de la maternité de l’hôpital. Il nous reçoit très gentiment Il sait apaiser ses craintes : « Mme, rassurez vous, il n’y a aucune raison que vous ne puissiez plus avoir d’enfant. Attendez quand même 9 mois à 1 ans pour que la cicatrice soit bien consolidée et des que vous êtes prêtes venez me voir ». Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Son visage s’est alors illuminé, l’angoisse est parti d’un seul coup, la joie de vivre est revenue  Pendant six mois calme plat, Virginie se stabilise, ses angoisses ont complètement disparues, elle dort mieux : en fin de compte elle redevient comme avant mais toujours avec une vielle idée en tête : « des que je peux, on y va ! »  9 mois c’est pourtant long. Les réseaux sociaux l’ont beaucoup aidé. C’est ainsi que l’on a découvert que nous n’étions pas seuls dans ce cas. Il y en a des milliers par an dans notre cas et tous se soutiennent ; on a ainsi découvert qu’il existait une grande chaine de solidarité entre Paranges.

Réactions et coup de gueule :

Devant les réactions négatives des gens et des administrations  autour de nous, nous sommes effarés que rien est fait pour des parents dans notre situation. Nous sommes devenus  Paranges sans le vouloir Nous n’avons  pas cherché à le devenir ! Pourquoi notre fille ne porte pas notre nom de famille ? Ce n’est quand même pas un déchet hospitalier ? Que serait-elle devenue si nous ne l’avions pas récupéré? En février 2013, nous avons donc décidé de créer notre association, elle s’appelle tout simplement France Paranges. Nous allons essayer de rencontrer des politiques pour faire connaitre et reconnaitre le Deuil Périnatal, afin de faire en sorte  que le nom de famille du Bébé disparu soit transcrit (à la demande des Paranges) sur le livret de famille, même s’il est mort-né ; de faire en sorte que chaque année, une journée soit consacrée au Deuil Périnatal comme il se fait depuis déjà plusieurs années le 15 octobre au Canada; de faire en sorte qu’un monument funéraire uniquement dédié aux bébés soit érigés dans le cimetière des grandes villes ; de faire en sorte que les frais d’obsèques de ces Bébés soient pris en charge ainsi que les frais de suivi psychologique consécutif à ce deuil car notre Matthieux en a bien eu besoin le pauvre… mais c’est le cas aussi de beaucoup de Mamanges. Ca nous a permis d’attendre et je pense que ce fut bénéfique. Nous avons été reçus à plusieurs fois, maintenant on attend qu’ils agissent et nous restons attentif …

Bébé espoir :

  Des le mois d’avril 2013, après, bien sur de longues consultations sur internet (forum et bien sûr les filles du groupe de mamange) on décide de s’y mettre. Problème ; l’ovulation : Comment déterminer le jour de l’ovulation lorsque les cycles sont irréguliers ? Un mois c’est 28, l’autre 32, l’autre encore 30 ou encore 35 ? Donc direction pharmacie pour l’achat de tests d’ovulation et de grossesse. Parallèlement, élaboration des courbes de température ! On lui conseille l’homéopathie pour booster l’ovulation. Aller, direction pharmacie !  Pendant 4 mois j’ai beaucoup ris, thermomètre d’une main, test d’ovulation de l’autre, ce fut folklorique mais toujours dans la bonne humeur et puis le « bon ce soir ça devrait être bon, on passe aux travaux pratiques » C’était devenu un jeu, bien agréable entre nous ! Pendant 5 mois, ce fut la même interrogation, est ce que ça a pris ? Un retard de vilaines ! Oui c’est bon et puis, catastrophe, elles  débarquent. Bon ben ce n’est pas grave, on recommencera! Ce n’était peut-être pas le bon jour ! Et puis un jour, j’en ai eu marre de la voir déçu alors on s’est dit, la meilleure façon de réussir c’est de faire ça tous les jours. Les draps s’en souviennent encore, je peux dire que le mois d’août 2013 fut un mois très chaud chez les Bibi, les réveils du matin furent tres dur mais bon on a rien sans rien. Je conçois que l’on s’est octroyé un jour de relâche par semaine mais c’était pour reprendre de plus belle le lendemain. Heureusement que l’on n’est pas taxé sur les TP sinon on serait ruiné ! Ce qui devait arriver est enfin arrivé ; 14 septembre 2013, deux petites barres s’affichent sur le test de grossesse. Evidement, petite photo et petit MMS au mari au travail ! Hourra !  Ca faisait plaisir à voir, BB espoir est enfin là. 2 jours plus tard, prise de sang, attente et … c’est OK, c’est confirmé ! Aller, tout recommence. C’est quand même beau une femme enceinte, voir  la joie qui se lit sur ce visage que l’on a vu pleurer quelques mois plus tôt !

03 octobre 2013, 1ères écho : celle de datation : Grand moment … C’est la 1ere fois que l’on voit BB. Ce n’est encore qu’un petit pois de quelques millimètres, il a 28 jours exactement. La grossesse serait du 2 septembre. Tient y’a eu des TP ce jour là aussi !?  Donc ce sera pour le 2 juin mais je pense qu’il viendra avant. Décidément, il va y en avoir des anniversaires à fêter pendant la même période : Alexandre aura 16 ans le 30 mai, Matthieux, 11 ans le 24 mai et il y aura maintenant BB espoir !!!

Et puis il y a l’angoisse qui revient, est ce que ça va bien se passer, est ce que ca ne va pas recommencer comme pour Marilyn. Je pense qu’après avoir vécu la mort d’un BB tant attendu, la venue d’un BB espoir est beaucoup plus stressante que n’importe quelles autres grossesses. On s’inquiète pour le moindre saignement, la moindre douleur abdominale.

12 octobre 2013 : Alerte saignement ! Que se passe t-il ? On ne serait pas en train de le perdre ? Ce n’est pas grand-chose mais ça inquiète et ça dure.

14 octobre 2013 : Il faut en avoir le cœur net. Nous allons aux urgences gynécologique de l’hôpital, par chance, il n’y a pratiquement pas d’attente. L’angoisse est là, que se passe-t-il ? Petite écho … Bon tout va bien, ce n’était qu’un décollement sans gravité, Bébé va bien, il est toujours là. Ouf, On respire. Mais faudra revenir dans quelques jours pour re-contrôler

22 octobre 2013 : Encore petite écho de contrôle afin de confirmer celle du 14. Re-ouf ! Tout va bien, nous sommes encore plus rassurés

24 octobre 2013 : Enfin notre rendez-vous Gygy. Visiblement, il est content pour nous. La consultation ne révèle rien d’anormal, mais il faut mettre en place le protocole de grossesse à risque. Pour éviter une nouvelle CIVD, Virginie devra prendre un sachet d’Aspégic 100 mg et de l’acide folique jusqu'à l’arrivée de BB espoir. Faudra aussi surveiller le diabète mais il y aura plus de visite de contrôle et plus d’écho ! C’est chouette, on pourra voir BB plus souvent que d’habitude !

12 novembre 2013 : Ca y est, c’est l’écho des 3 mois. Peut-être que l’on pourra connaitre le sexe de BB. Tous va bien, il mesure 5,5 cm, il a bien changé le bougre par rapport à la première fois ! Il a des formes ! Nous  apercevons ses jambes, ses bras, des mains, ses pieds mais impossible de savoir ce que c’est ! Grrrrrr ! Mais alors qu’est ce qu’il bouge ! Bon d’accord il a encore pas mal de place, on en reparlera dans 6  mois !

Ce sera Rose ou Bleu ? Peu importe pour Virginie, du moment qu’il est en bonne santé. Moi j’avoue que j’ai un faible pour une fille, normal me dirait-on : J’ai eu Hélène d’un premier mariage que je n’ai pratiquement pas vu depuis ses 4 ans et notre ange Marilyn qui s’est envolée sans même ouvrir les yeux. De toute manière, les prénoms sont déjà retenus : ce sera Cheyenne ou Lancelot. Faut dire que nous avons eu le temps pour choisir ! La première écho passée, on voudrait déjà être à la prochaine mais va falloir attendre la suivante, c’est long : ce sera pour le 17 décembre. J’espère qu’on pourra enfin connaitre son sexe.

14 novembre 2013, Test toxo et tri-test effectués, nous attendons les résultats mais bon, il n’y a pas de raison de s’angoisser. S’il y avait quelque chose, je pense que le labo aurait déjà appelé  Nous sommes maintenant le 26 novembre 2013, il reste désormais 189 jours avant le terme. Prochain RVD Gygy le 10 décembre ! On pourra faire officiellement la déclaration de grossesse aux différentes administrations. Je sais que BB grandi tout doucement, je ne m’inquiète pas plus que ça. Je crois qu’il faut maintenant rester positif. Le cap des trois mois est passé, restons Zennnnnnnn !

Dimanche 17 novembre, sale journée,  BB va bien mais qu’est ce qu’il pleut !!! Coup de fil de Mamie Monique, ma vielle mère de Périgueux. Nos relations ont toujours été tendues et avec Virginie c’est pire. Elle n’a pas apprécié de n’avoir pas été prévenue de la dernière grossesse. Il est vrais que nous étions en froid depuis 2 ans et on ne lui avait pas parlé de Marilyn. C’est pourquoi, j’ai voulu me réconcilier et pour se rattraper, nous avons tenu à l’informer dès que nous avons su pour BB espoir !  Ce sera son dixième petit enfant. Donc petit coup de fil, j’ai toujours une appréhension quand elle appelle, dans quelle humeur est-elle ? Ben non, tout se passe bien, des banalités, on parle de ses poules, de son chien, des garçons et bien sûr de Virginie et son BB. Alors là je botte en touche, je lui dis, « et bien attends, elle est à côté de moi, je te la passe » et je donne lâchement et sans tarder le combiné directement à l’intéressé en disant : « tiens, elle veut te parler … » je reste aux abords, on ne sait jamais puis au bout d’un moment je vois Virginie qui pâlit, bégaye : que se passe-t-il ? Chose inimaginable, ma mère venait de lui demander si elle pouvait assister à son accouchement ! On s’attendait à tout sauf à ça !  Ca c’est vraiment la question qui tue ! « C’est toi que je veux à mes côté, pas ta mère » me dit elle ! On verra si à la maternité il accepte la présence de deux personnes mais ce n’est pas gagné. La question sera posée la prochaine fois que l’on verra le Gygy. Manqué plus que ça ! Faut dire que ce sera certainement son 10ème et dernier petit enfant. Elle en a déjà perdu 2 et n’a jamais assisté à la naissance d’un de ses petits enfants. Je la comprends et souhaiterais que le Gygy accepte sa présence en plus de la mienne.

Marilyn mon ange, on ne t’oublie pas, tu es toujours dans nos pensées, tu aurais eu 16 mois dimanche mais on sait que tu veille sur BB espoir, sur nous tes parents, sur tes frères. Dans 1 mois c’est noël, c’est la 2eme année que tu ne seras pas là mais une étoile ornera désormais en ta mémoire la cime de notre sapin ! On t’aime, on t’aimera toujours, mon ange. Sache que BB espoir, Bébichou comme l’appelle ta maman, ne saura jamais te remplacer.

Il n’y a pas de fin, notre histoire c’est l’histoire de notre amour et notre amour n’aura pas de fin. »

Nous sommes aujourd’hui  le 26 février 2014, la grossesse de Bébé espoir se passe très bien, la croissance est tout à fait normal au vu de l’échographie d’hier, nous pouvons désormais donner un nom à ce futur Bébé : ce sera Cheyenne, California, Hope (Hope qui veut dire espoir en anglais) ; Oui, c’est une fille, tout comme notre ange,  Elle verra certainement le jour avant terme mais surtout avant les 37 SA de grossesse qui ont été fatal à Marilyn, donc fin avril, début mai 2014.

                                                                       
Un Papange, Dominique de Nice

06.03.2014 © FaireVivreNosAnges.ch

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