Le départ de notre petit ange

Tout a commencé par un test de grossesse positif, que nous attendions depuis plusieurs mois avec impatience. C’est le bonheur, le début de notre nouvelle vie, la grossesse se déroule normalement, nous la vivons a 110% mon mari et moi. Chaque échographie est un moment magnifique, nous voyons grandir notre bébé et bientôt nous apprenons que ce sera une petite fille. Nous vivons nos dernières vacances d’été à deux avec des illusions pour les prochaines années plein la tête. Nous attendons notre petite Alice avec impatience, sa chambre prend forme et toute la famille s'y est mise.

Puis à la visite gynécologique de la 34ème semaine notre rêve commence à s’effriter. Le médecin nous avoue que depuis notre dernière visite il soupçonne un souci de placenta ou de cordon puisque notre petite princesse a décroché des courbes de croissances. Rendez-vous dès le lendemain chez un spécialiste des échographies plus approfondies qui ne trouvera aucune anomalie mais qui n’est pas rassuré pour autant. Nous devons le revoir 10 jours plus tard et là toujours aucune preuve d’un mauvais fonctionnement du placenta mais notre bébé n’a pratiquement pas pris de poids, le médecin envoie donc ses conclusions à notre gynécologue en conseillant un déclenchement d’accouchement. Deux jours plus tard nous nous rendons donc chez notre gynécologue qui balaie toutes nos peurs d’un revers de main, selon elle, il ne faut surtout pas s’angoisser et de toute façon le prochain rendez-vous de suivi devra se passer à l’hôpital, rendez-vous qu’elle nous prend pour 10 jours plus tard.
 
Nous vivons les jours qui suivent avec beaucoup d’appréhension, mais de l’avis de tous, il est tout à fait normal pour une femme enceinte de se trouver un peu tendue à 37 semaines de grossesse. Mais un doute terrible m’envahit un matin, l’ai-je senti bouger cette nuit ? D’après les informations que j’ai, il ne faut pas s’alerter avant plusieurs heures sans sentir son bébé en fin de grossesse, j’essaie alors le bain, le repos, le bruit, mais la peur continue de m’envahir… J’appelle alors l’hôpital qui me conseille de m’y rendre afin d’effectuer un monitoring de contrôle pour me rassurer. Je me souviens l’angoisse ressentie alors que la sage-femme tentait de déplacer le monitoring sur mon gros ventre afin de trouver les battements du cœur de notre bébé, le mal aise dans ses yeux et dans ses gestes. Puis tentant de nous rassurer, elle nous demande de nous rendre dans la salle d’à côté afin d’effectuer une échographie. Avec le recul je me souviens qu’à ce moment-là nous savions déjà ce que les médecins présents allaient nous annoncer, mais pourtant durant de longues minutes nous fixons l’image de notre bébé totalement immobile à l’intérieur de mon ventre, plus un seul battement n’est visible mais impossible de se rendre à l’évidence tant que les médecins présents ne l’auront pas dit tout haut. Puis l’enfer s’abat sur nous, le cœur de notre fille ne bat plus, elle est partie.

Nous pleurons, nous ne sommes par réellement en train de vivre cette horreur ?! mais il faut se rendre à l’évidence, plus rien ne peut être fait, ce calvaire qui ne s’abat que sur les autres s’est abattu sur nous. Avec naïveté, je me questionne : comment est-ce que ma fille va sortir de mon ventre ?! le médecin présent m’affirme que j’aurai la force d’accoucher normalement par voie basse. A ce moment précis, toutes les forces de mon corps m’ont quitté, mon mari et moi suffoquons à l’intérieur de cette chambre, nous sortons de l’hôpital marcher dans la forêt. Nos jambes nous portent à peine, nous pleurons et nous sommes terrifiés d’affronter les heures qui vont suivre, nous aimerions partir loin ou arrêter de respirer, tout sauf supporter cette douleur qui s’est emparée de nous tout entiers. J’avoue à mon mari que je me sens incapable de vivre un accouchement normal mais lui a tout de suite assez de force pour me convaincre que nous le devons à notre bébé et que nous le devons à nous même.

A notre retour dans la chambre une sage-femme nous rejoint, elle nous soutient et nous explique que nous pouvons rester dans cette chambre aussi longtemps que nous le désirons, elle me prélève du sang afin d’effectuer plusieurs tests. Nous ressentons le besoin d’annoncer la terrible nouvelle à nos parents. Pour ma part, j’ai dû l’annoncer à ma mère et sa réaction résonne encore souvent dans ma tête : ‘’comment ça ?! elle est morte ?!!!’’ ce mot si cru mais qu’elle a été la seule a oser prononcer m’a aidé a rendre ce cauchemar réel et très certainement a avancer dans mon deuil.

Puis dans la nuit, celle qui m’a donné la vie n’a pu résister au besoin de venir nous soutenir, je ne sais comment mais sa présence a déclenché les premières contractions de travail. Durant les derniers mois j’avais commencé a rêver d’un accouchement sans médication mais supporter de telles douleurs durant plusieurs heures m’a très vite semblé insurmontable. La sage-femme demande alors une péridurale, très rapidement je ne sens pratiquement plus rien. Nous passons la nuit couchés l’un à côté de l’autre, ma main gauche serrée dans sa main droite, le bas de mon corps est anesthésié par la péridurale mais le haut de mon corps est totalement engourdi par le chagrin, je n’ai jamais passé d’aussi longues heures totalement immobile à fixer le plafond. Terrifiée à l’idée de ne pas supporter la vue de mon bébé mort. Comment le cerveau humain pourrait-il admettre une image d’une telle violence ?!

Le jour se lève et l’accouchement se fait de plus en plus imminent, la sage-femme m’a conseillé d’arrêter plusieurs heures l’injection en péridurale afin que je puisse bouger et pousser durant la phase d’expulsion. Je ne suis absolument pas prête mais je vais devoir commencer à pousser, toujours plus fort. Si mon mari n’avait pas été là, je serais morte de douleur, comment continuer à puiser dans ses forces en sachant que jamais nous n’entendrons les cris de notre bébé ?

Après ce qui m’a semblé être une éternité, je vois la sage-femme emballer notre petite chérie dans une serviette et la déposer à proximité. Il me faut quelques minutes avant de trouver la force de la prendre dans mes bras. Nous accueillons notre bébé sans vie, elle a l’air si paisible. Nous profitons tant bien que mal de ces moments avec notre fille, les seuls que nous aurons afin d’imprimer son petit visage dans nos pensées. Une sage-femme nous propose de l’habiller et de prendre quelques photos puis nous conseille de la présenter aux membres de notre famille qui trouverons la force de la rencontrer. Nos parents nous rendent visite et découvrent leur petite-fille, tellement parfaite. Ce sont des moments tellement pénibles, que personne ne devrait jamais vivre.

C’est tellement injuste, nous aimerions rester indéfiniment avec notre fille mais il faut se rendre à l’évidence, jamais elle n’ouvrira les yeux, nous devons lui dire adieu, laisser le personnel médical l’emmener et nous en aller, quitter l’hôpital rien que les deux et retourner chez nous, ou une chambre parfaitement finie n'attendait plus que notre petite Alice. Incapable de passer devant cette chambre pour aller dormir dans la notre, nous passons les premières nuits dans notre salon, sans même dormir, la télévision reste branchée 24h/24h, un peu comme pour nous rappeler qu'on est vivants et parce que le silence nous est insoutenable. Les premiers jours sont d’une dureté, d’une pénibilité indéfinissable, tant la douleur physique que la douleur psychique. J'ai perdu une partie de moi, le manque physique est terrible.

Mais nous nous devons d’être forts comme nous l’avons toujours été, nos familles comptent sur nous. Rapidement nous nous forçons a sortir, même si l’idée de croiser les voisins est une torture. Puis comme on nous l’a conseillé à l’hôpital, nous avançons un jour après l’autre. Quatre mois ce sont maintenant écoulés et certains jours me semblent insurmontables mais nous avons la chance d’être restés soudés mon mari et moi. Nous voyons certains membres de nos familles souffrir terriblement de ce qui nous arrive, ce qui nous donne la force de nous battre et d’avancer.

A notre petit ange qui restera toujours dans nos coeurs...

 

 

07.03.2014 © FaireVivreNosAnges.ch

Commentaires

* Champs requis


Warning: Invalid argument supplied for foreach() in /home/clients/b18264c5957b5c07ec4962c4b52269e3/web/fairevivrenosanges/admin/.template/temoignages/detail.php on line 107
Aucun commentaire