Emilie

 

Voilà en quelques mots mon histoire :

Je suis donc tombée enceinte en 2004. Bébé était prévu pour le 4 avril 2005.

Lors des échos, tout se passait bien. C’était un petit bébé mais quoi de plus normal en sachant que ma maman pesait 900 grammes à sa naissance et moi 1Kg200..

Mon gynéco adorant les femmes enceintes et voir les bébés, me faisait une écho à chaque fois que je le voyais, donc bon suivi.

Approchent les vacances de Noël. Mon gynéco va partir en vacances, il souhaite me revoir pour la toxoplasmose juste avant de partir, deux semaines après mon dernier rendez-vous.

Cette fois-ci, mon mari vient avec moi.

Comme chaque fois, j’ai droit à une écho., sauf que cette fois-ci, ce n’était pas comme d’habitude…

Mon gynéco me dit que le cœur ne bat plus.

J’encaisse la nouvelle, les larmes me montent tout de suite aux yeux en pensant avoir compris ce que cela impliquait. Je regarde mon mari qui ne réagit pas. Je me dis alors que j’ai du mal comprendre…

Malheureusement non, le médecin me répète que le cœur ne bat plus, qu’on l’a perdu.

Je ne vous explique pas l’état dans lequel je suis… on est.

Après qq mesures, on retourne à son bureau. Il nous parle :

-       c’est très rare que ça arrive à ce stade de grossesse (26 semaines)

-       selon les mesures, le bébé doit être décédé depuis 2 à 3 semaines dans mon ventre (  ET JE N’AI RIEN REMARQUE !!!) 

-       Il veut m’hospitaliser le soir même pour accoucher.

Je dis que c’est impossible que j’aille à l’hôpital ce soir : j’ai mes élèves qui m’attendent à l’école pour notre spectacle de Noël…

Ensuite, une fois sortis du cabinet tout s’enchaîne : on pleure, on s’écroule, on avertis nos parents respectifs…

Le soir, je vais, comme prévu mais tant bien que mal à mon spectacle.

Je me prépare seule en classe en essayant d’arrêter de pleurer, de hurler…

Une maman d’élève arrive (avec qui je ne m’entendais pas spécialement bien), en voyant mon état, elle me demande ce qui se passe. Je lui explique que je viens d’apprendre que j’ai perdu mon bébé et que je vais pour accoucher demain.

Elle m’aide un peu à gérer les enfants derrière la scène.

Par la suite, j’ai su qu’elle avait répandu la nouvelle de ce qui m’arrivait auprès de certains parents d’élèves.

Lendemain : hospitalisation à 6h30 le 21 décembre

J’arrive dans la chambre, on me donne ma blouse.

Liza, la sage femme vient nous expliquer ce qui va se passer.

On me met des médicaments pour provoquer l’accouchement, me montre les salles d’accouchement, m’explique comment ça va se passer …

On nous laisse seuls. Mon mari s’en va assez vite. Il fait des allers retours entre la maison et l’hôpital.

La journée est longue, très longue. Interminable même.

Le soir : toujours rien. On me propose de me donner qqch pour me décontracter. J’accepte.

C’était une piqûre d’un dérivé de la morphine. J’ai mal supporté, vomi puis hallucinations…. PLUS JAMAIS !

Le lendemain, on attend toujours.

Ma chambre est à l’écart des salles d’accouchement mais ça ne m’empêchait pas d’entendre le femmes hurler et les bébés crier à la pouponnière…

DUR DUR

En fin de journée, ça s’accélère, je suis transportée en salle d’accouchement…

Péridurale : l’anesthésiste s’y prend à 6 fois avant de réussir à me la poser…

J’accouche enfin à 20h05 le 22 décembre d’une petite EMILIE.

On emporte le bébé, la sage-femme : Dominique, nous déconseille de voir le bébé « vu son état » « et de toute façon, ils prennent des photos du bébé qu’on pourra consulter même des années après… »

Je tél à ma mère pour lui dire que « c’est fait ». Elle était à la soirée de Noël du chœur dans lequel on chantait toutes les deux et elle me passe la directrice (pourquoi elle fait ça, j’ai pas envie de parler moi ! puis une copine !!)

A peine née, on nous pose plein de questions auxquelles on doit répondre très vite :

-       choisir un prénom

-       papiers à signer

-       si on veut le voir

-       souhaitons-nous faire une autopsie

-       que voulons-nous faire du corps…

 

On nous presse pour des réponses, on en donne mais, avec du recul, je n’aurais pas du tout du faire ça comme ça --- > regrets encore aujourd’hui !

Du coup, je n’ai pas eu le courage de voir ma petite Emile, on l’a inscrite dans le livret de famille, on a souhaité une autopsie mais pas de récupérer le corps pour faire une cérémonie.

Le lendemain, je reçois un téléphone de mon gynéco qui me présente ses condoléances… je suis super émue et plus bas que terre.

Ce même jour, un aumônière qui passe dans toutes les chambres voir les jeunes mamans entre dans ma chambre et, ne voyant pas le bébé avec moi me dit «  Oh, bébé n’est pas avec vous ! Vous avez du le mettre en pouponnière un moment pour pouvoir vous reposer un peu. Il pleure beaucoup, c’est pour ça ? »

Vous imaginez mon état ??

Ceci sans compter les pleurs des bébés que j’entendais à travers les murs…

Je sors de la mat’ , on est livré à nous même.

Heureusement, les copines sont là pour me soutenir, je tiens, grâce à elles, « mieux le coup que mon mari » qui, lui, n’est pas du tout reconnu en tant que père par son travail.

Je tombe rapidement enceinte (3 mois à peine)

Grossesse méga suivie par mon gynéco (toujours le même). Je le vois presque toutes les 2 semaines !

Ma petite puce est prévue pour le 4 janvier mais je fais une pré-éclampsie donc provoquée d’urgence.

Ils veulent me provoquer le 22, il est hors de question que j’accouche de mon bébé le même jour que le bébé que j’ai perdu un an plus tôt. On se met d’accord pour le 21.

J’ai bien spécifié à l’équipe médicale (qui avaient déjà noté mon cas dans leur classeur) que je ne souhaitais pas accoucher dans la même salle d’accouchement.

Ma puce Elodie arrive le 21 décembre 2005. Un jour avant les 1 an d’ailes d’ange d’Emilie.

J’ai eu droit à une chambre privée, ce qui m’a permis d’évacuer tout ce que j’avais à évacuer. Les sages-femmes étaient au petit soin avec moi.

Deux autres années se passent depuis la perte de mon bébé. Je ne me fais pas aider par aucun professionnel que ce soit.

Je revis, chaque nuit sans exception, la naissance d’Emilie. Je ressens tout ce qui s’est passé, je la sens passer le bassin (la péri perdait de son effet), je ressens ce vide en moi, je revois chaque détail de la salle d’accouchement dans laquelle j’ai passé 3 heures…

Chaque année, aux approches de Noël c’est très dur, je plonge.

Jusqu’à l’année des 3 ans où là, je n’étais plus que l’ombre de moi même.

Ma collègue me donne le numéro d’une kinésiologue chez qui je prends rendez-vous.

Après une seule séance, c’est miraculeux, : je redors bien SANS CAUCHEMAR !!! C’est une magicienne !

Après ce succès, je reprends 3 ou 4 séances dans l’année qui suis puis 2 ou 3 l’année suivante suivies d’une par année (à peu prés) à l’approche de Noël.

Cette rencontre m’a sûrement sauvée.

D’un autre côté, je suis inscrite sur plusieurs forums qui traitent du deuil périnatal. Nous échangeons nos histoires et nos expériences, nous nous soutenons les unes les autres.

Je découvre Facebook ainsi qu’un groupe de Mamanges. Je fais ainsi la connaissance de « ma mamange de référence qui m’aide beaucoup ».

Je deviens également référente de qq autres.

Un jour, je ne sais plus vraiment quand ni même à quelle occasion, je n’arrivais pas à parler de mon mal être à mon mari. Je décide donc de lui écrire une lettre avec tout ce que je ressens. Je la pose sur son oreiller et fais semblant de dormir pendant qu’il la lit en pleurant.

Ça a débloqué la situation pour un certain temps mais le sujet reste toujours tabou entre nous.

Ensuite : naissance de mon fils Anthony en septembre 2007 : grossesse moins suivie que la dernière. Tout se passe bien. Fin de grossesse difficile, j’avais peur, voulais voir au plus vite mon bébé vivant dans mes bras.

2008 : après un travail avec ma kinésiologue, et un sur moi-même, je me sens enfin prête à aller chercher et voir les photos qu’ils ont prises d’Emilie à sa naissance.

Ils les ont perdues !!! Aucune trace aux archives ni à la salle d’accouchement ni même chez mon gynéco.

J’ai pris contact avec la maternité et  discuté avec la sage femme qui m’a accouché. Elle m’a raconté ce dont elle se souvenait, on a bien échangé. J’ai aussi eu qq rdv avec la sage-femme conseil qui se trouvait être la personne qui nous avait accueilli à notre arrivée.

Alexis, notre petit dernier naît en avril 2010.

La sage-femme qui m’accouche est celle qui m’avait récupéré après mon accouchement d’Emilie et qui m’avait semblée si froide !

Les heures d’attente avant qu’Alexis ne naisse, m’on permises de beaucoup échanger avec elle, de partager nos souvenirs et à moi de me réconcilier avec elle.

Dans un sens, une boucle a été bouclée.

Mes enfants sont tous trois plein de vie, en excellente santé. On a énormément de chance de les avoir.

09.06.2013 © FaireVivreNosAnges.ch

Commentaires

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Admin
16 juin 2013, 01:16

très boulversent